Shinobi Wat-AAH!

 


Théo Rivière
Poitiers, là où tout a commencé.

C’est en effet dans cette ville qu’est né Théo Rivière, un beau jour de mars 1991 et qu’il a étudié, à la faculté de lettres de l’université. C’est également à Poitiers que se trouvent les bureaux de Libellud. À cette époque, il ne s’agit que d’une toute petite maison d’édition. Si Théo la fréquente régulièrement, c’est parce qu’il est un joueur assidu de Magic. «Régis Bonnessée, le patron de Libellud, cherchait des gens pour tester avec lui les extensions de Seasons, un jeu qu’il a créé et édité et qui avait un peu ce côté jeu de cartes à collectionner.» «Et je me mets à traîner pas mal dans l’équipe de Libellud et à tester des protos avec eux sur leurs soirées protos. Et ça me décoince énormément. C’est-à-dire qu’à un moment, je me dis: il y a des gens qui envoient leurs protos à Libellud et je les trouve pas terribles. Ça veut dire que, moi aussi, j’ai le droit de faire des jeux pas terribles. Il faut que j’ose aussi!»

Il suffit alors d’une longue pause de deux heures, gracieusement offerte un midi par le patron du magasin de jeux vidéo dans lequel Théo bosse comme étudiant, pour que naisse l’idée. Dans sa galerie commerciale «un peu crapuleuse» de la banlieue de Poitiers, il s’ennuie et se met à bricoler un jeu. De retour chez lui, il le teste avec sa copine et d’autres fans de Magic et constate que son jeu fonctionne plutôt bien.

Lors d’une soirée au Mipeul, une association de jeux de société de Poitiers, il fait découvrir son proto à l’illustrateur David Bonifacio qui lui recommande un éditeur, Long Story Short. Méfiant comme un auteur débutant peut l’être, Théo appelle son contact privilégié dans le monde du jeu, un certain Benoît Forget, jusqu’alors chef de projet chez Libellud. Celui-ci se montre rassurant, mais demande quand même à voir le proto. Le premier éditeur n’ayant de toute façon pas répondu, Benoît Forget, qui est en train de créer Purple Brain Creations, a rapidement un coup de cœur et signe le jeu. Ce qui lance Théo Rivière dans une grande aventure qu’il n’avait pas prévue: «Ce qui est paradoxal par rapport au fait que, maintenant, c’est mon métier à temps plein, c’est que, moi, je n’avais aucune volonté d’édition lorsque j’ai créé le prototype.»

Iello, qui distribue Purple Brain (et que Théo Rivière rejoindra quelques mois plus tard), estime que ce jeu interactif et un peu chaotique peut bien fonctionner chez les adolescents et trouver sa place dans la famille de King of Tokyo et de Smash Up. «Et donc, on passe d’un coup, en termes de développement, d’un petit jeu de cartes qui devait au départ plutôt sortir dans un format qui aurait pu être la gamme “Mini” de Iello si elle avait existé à l’époque, on va le mettre dans une boîte un peu plus grosse avec plus de matos. Et donc, pour ça, il faut étoffer un peu l’expérience de jeu. Et moi, je ne sais pas faire ça. Shinobi, c’est mon troisième prototype jamais créé. En termes de game design, j’ai très très peu d’expérience.»

Benoît Forget se charge dès lors de développer le mode «grand maître». «A posteriori, je pense que c’était une bêtise. Parce qu’à Shinobi, c’est vraiment le chaos qui l’emporte. C’est un jeu de dix minutes et ce n’est pas très dérangeant. Mais au sein d’un jeu de trente minutes avec des phases un peu décorrélées, je pense qu’au final, ça a plus desservi le jeu.»

Si cette dimension n’est donc guère convaincante, Shinobi Wat-AAH! bénéficie par contre des magnifiques illustrations de Naïade. Comme il ne connaissait pas le milieu, Théo avait repéré sur internet Xavier Collette et Naïade et demandé à Benoît Forget de pouvoir travailler avec l’un d’entre eux. Après avoir tempéré les espérances du jeune auteur, Forget rencontre finalement Naïade «un peu par hasard lors du festival de Cannes en 2013. Il a essayé le jeu, ça lui a plu et banco!». Pour le plus grand bonheur de Théo: «Je n’ai pratiquement pas été en contact avec lui pendant qu’il bossait. La gestion de l’illustrateur, c’est vraiment le boulot de l’éditeur. On a pu se rencontrer depuis et passer pas mal de temps ensemble. En plus d’être bourré de talent, c’est vraiment un chic type. Là encore, quand Purple Brain m’a annoncé que Naïade serait l’illustrateur, j’étais aux anges.»

C’est ainsi que le jeu paraît en février 2014. À la suite de cette première, Théo Rivière se pose pas mal de questions: «J’ai eu beaucoup de chance avec Shinobi Wat-AAH! qui s’est déroulé sans aucun accroc, rapidement et toujours dans un plaisir important. Après la sortie de ce dernier, je me suis posé énormément de questions sur ma “place” en tant qu’auteur. Est-ce que c’était juste un coup de chance? Est-ce que je suis capable de le refaire? Est-ce que je dois me forcer ou est-ce que je dois voir la création seulement comme un truc spontané? En ont résulté beaucoup de protos ratés et Sea of Clouds qui a mis un certain temps à être “fini” et à trouver un éditeur.» Depuis, l’auteur a signé plusieurs dizaines d’autres jeux, avec les succès que l’on sait.

Aujourd’hui, Purple Brain dont Shinobi Wat-AAH! était le troisième jeu et son seul essai dans ce format, n’existe plus, Benoît Forget ayant créé Space Cow en 2018. Le jeu n’est plus commercialisé.
Il s’est en vendu près de 8 000 exemplaires.


Naïade

Benoît Forget

 

Références:

https://undecent.fr/2020/04/08/theo-riviere/

https://www.trictrac.net/video/Tric_Trac_Show_1_Theo_Riviere

https://www.jedisjeux.net/jeu-de-societe/shinobi-wat-aah

https://sdimag.fr/index.php?rub=0&art=Affiche_Article&ID=1295

https://m.facebook.com/permalink.php?id=104538308259781&story_fbid=146662614047350

http://www.cridutroll.fr/shinobi-wat-aah-jeu-de-tatane-chez-ninjas/

https://manuvotreserviteur.wixsite.com/jeuxviensavous/theo-riviere