King of Tokyo

 

L’histoire de King of Tokyo est intimement liée à celle de Iello.
Il faut donc remonter à 2004, année de création par Cédric Barbé et Patrice Boulet de Cartagogo, un site de vente en ligne de cartes à collectionner. Après quelques années, les deux compères constatent qu’ils prennent beaucoup de risques et peu de marge. En 2008, ils décident dès lors de créer Iello et de localiser des jeux de société étrangers. Le premier est Hiroshima Hex!. Mais rapidement leur vient l’envie d’éditer eux-mêmes des jeux.
Cédric Barbé contacte alors plusieurs auteurs, dont un certain Richard Garfield. Et ce n’est pas n’importe qui! L’auteur américain est en effet le papa de Magic: The Gathering et est réputé inapprochable. Qu’à cela ne tienne, Barbé lui envoie un courriel. «Et Richard me répond assez rapidement qu’il a un prototype dont aucun éditeur ne veut.»

Ce prototype, c’est celui de King of Tokyo. «King of Tokyo est né d’une réflexion autour du Yahtzee, explique Garfield. À l’époque, un de mes amis se livrait à une analyse poussée du Yahtzee et j’ai constaté à quel point ce mécanisme fonctionnait bien dans un sens que j’apprécie réellement: un excellent jeu vous donne plus de chances de gagner, mais un joueur occasionnel peut gagner aussi. (…) J’ai alors créé une structure à la “king of the hill”. Être sur la colline était récompensé, mais comportait le risque de vous transformer en cible. (…) Plus tard sont venus la transformation de la colline en Tokyo et les montres.»

Barbé et Boulet reçoivent le proto à la fin de 2009 et le laissent prendre la poussière sur une étagère. Au début de 2010, ils le font jouer à Cannes, au festival Off. Constatant le succès, ils signent rapidement le jeu.

Iello se met alors au boulot pour créer un univers. Barbé et Boulet ont des doutes quant à la thématique, mais Garfield se montre intransigeant. Après avoir testé un style réaliste, les éditeurs optent finalement pour un manga européen. La première édition est illustrée par Benjamin Raynal. En 2016, la seconde le sera par tout un collectif.

En France, le jeu connaît de bons débuts, mais doit faire face à de mauvaises critiques dans la presse spécialisée. De plus, Iello a du mal à convaincre des partenaires étrangers.
Cela n’empêche pas le jeu de très bien se vendre et de remporter de nombreux prix. Face aux Américains qui refusent tous de l’éditer en avançant le même argument («Ce jeu est fantastique, mais il n’est pas pour moi»), Boulet et Barbé décident, au début de 2012, de créer une filiale de Iello aux États-Unis. Résultat: plus de 100.000 ventes par an.

Aujourd’hui, King of Tokyo est édité dans plus de 35 langues. Dix ans après sa création, plus d’un million d’exemplaires ont été vendus dans le monde.

Richard Garfield a sa petite idée pour expliquer ce succès: «Je suppose que la popularité durable du jeu repose sur la combinaison d’une interaction directe quoique faible – ce qui est assez rare dans les jeux – avec le thème cartoonesque et ludique que Iello a réussi à développer autour du concept.» L’auteur fait la pub et les louanges de Iello auprès des auteurs américains, ce qui est tout bénef pour l’éditeur français.

Depuis dix ans ont également été publiés l’extension Power Up, la version King of New York, la Dark Edition avec sa boîte embossée et sa jauge de méchanceté rééditée dans l’extension Encore plus méchant, plusieurs Monster Packs avec de nouveaux monstres, une Monster Box et, en 2022, King of Monster Island, la version coopérative. De quoi créer un véritable univers pour King of Tokyo, un univers qui ne demande qu’à s’agrandir encore.


Cédric Barbé

Richard Garfield

Patrice Boulet

 

           

 

Références:

http://lesprit-marmaille.fr/king-of-tokyo

https://www.youtube.com/watch?v=9oT6elAT1lo

https://www.youtube.com/watch?v=kGAw-IGFsBw

https://boardgamegeek.com/blogpost/116703/interview-richard-garfield-designer-magic-gatherin