Carcassonne

 


Klaus-Jürgen Wrede
Né en 1963 dans le Sauerland, Klaus-Jürgen Wrede a baigné très vite dans la musique et a même remporté un prix de composition à 16 ans. Après ses études supérieures, il devient professeur de musique et de théologie dans un lycée de Cologne et, à 36 ans, il décide de consacrer un ouvrage au retable de Gand de Jan van Eyck. Il se rend dans le sud de la France afin d’en apprendre plus sur les Cathares et visite Carcassonne. «Je suis tombé sous le charme de la ville et de ses environs. (…) La cité de Carcassonne en elle-même ainsi que les châteaux et les villages qui l’entourent, c’est presque comme dans un conte de fées.» Amateur de jeux et insatisfait de ce qu’il trouve alors sur le marché, Klaus-Jürgen oublie provisoirement son idée de livre et se lance dans la conception d’un jeu. «J’ai été tellement impressionné par le paysage et les environs de Carcassonne. Je voulais le construire dans le jeu. Et les premières idées fonctionnaient déjà bien. J’ai continué à développer le jeu et je l’ai rendu plus simple. Cela m’a pris environ six avant que je sois satisfait. J’ai écrit les règles, fait des photos et je les ai envoyées à trois éditeurs.»

Et il joint à son prototype celui d’un autre jeu, Mesopotamia, qu’il estime meilleur. Mais c’est Carcassonne qui va taper dans l’œil de Dirk Geilenkeuser de chez Hans im Glück. L’éditeur veut aller vite pour que le jeu soit disponible au salon d’Essen en octobre 2000.

Quelques changements sont alors apportés au prototype. Les cubes utilisés par l’auteur deviennent des petits bonshommes en bois grâce à Bernd Brunnhofer, le fondateur de Hans im Glück. Klaus-Jürgen les nomme «Gefolgsmann» («follower» en anglais et «partisan» en français). Ce n’est qu’en novembre 2000 que l’Américaine Alison Hansel leur trouve un nom plus générique: les meeples, mot-valise contractant «me» et «people». C’est donc ainsi qu’est née cette pièce iconique du jeu de société moderne.

Mais revenons à Essen, en 2000. Carcassonne y rencontre directement le succès et 2 000 boîtes sont vendues lors du salon. En 2001, le jeu remporte le prestigieux Spiel des Jahres. C’est alors un raz de marée en Allemagne: 700 000 boîtes vendues cette année-là! C’est le début d’une longue aventure…

Dans les premiers temps, les règles sont quelque peu modifiées. Ces changements concernent le comptage des points des paysans et des petites villes. Les règles évoluent dans la deuxième édition parue en 2002 et la troisième, en 2003. Et ce n’est qu’en 2005 qu’elles prévoient de coucher les paysans. Détail cocasse: les règles en anglais ne seront pas modifiées avant 2008, d’où une certaine confusion.

En 2016, l’histoire du jeu est marquée par un «reskin». Les illustrations d’origine étaient l’œuvre de Doris Matthäus, une artiste, designer et éditrice bien connue dans le monde du jeu. À son actif figurent trois vainqueurs du Spiel des Jahres. Elle a même illustré les jeux qui ont terminé aux trois premières places du Deutscher Spielreis (le prix allemand du jeu) en 1998 ainsi que, la même année, le meilleur jeu pour enfants.

La palette de couleur de Carcassonne n’étant plus trop au goût du jour face aux jeux flashy des années 2010, Hans im Glück décide d’un relooking et fait appel à Anne Pätzke. Elle rend les tuiles plus lumineuses et plus détaillées, mais certains joueurs considèrent ce renouvellement comme une trahison.

Cela n’empêche pas le jeu de poursuivre sa course sur le chemin du succès. Très vite après son édition en 2000, il s’agrémente d’extensions. La première, La rivière, est distribuée en 2001 dans les salons. Elle sera suivie par d’autres: dix extensions et 24 mini-extensions. BoardGameGeek en dénombre même 172.

Carcassonne, c’est aussi 17 jeux dérivés, de Chasseurs et cueilleurs en 2002 au coopératif Ombres et brouillard en 2022, en passant par Le château cosigné avec Reiner Knizia, une version avec des dés et un crossover avec Star Wars!

N’oublions pas les versions électroniques, six Big box et des éditions spéciales pour les dixième (dans sa boîte en forme de meeple) et vingtième anniversaires, respectivement en 2011 et 2021, l’éditeur n’ayant pas choisi comme point de départ l’année d’édition, mais celle durant laquelle Carcassonne a remporté le Spiel.

Depuis 2000, le jeu a été traduit en 28 langues et plus de 10 millions de boîtes se sont vendues.

Quant à Mesopotamia, il est finalement sorti en 2005. Et le roman consacré au retable de Gand, Das Geheimnis des Genter Altars, a été publié en 2015. Klaus-Jürgen Wrede, un créateur aux multiples talents.


Doris Matthäus

Dirk Geilenkeuser

Anne Pätzke

Bernd Brunnhofer

 

           

 

Références:

https://www.zmangames.com/en/news/2021/4/15/interview-with-klaus-jurgen-wrede/

https://boardgamecomponents.wordpress.com/2017/03/19/interview-with-klaus-jurgen-wrede/

https://brettspillguiden.no/interview-with-klaus-jurgen-wrede/

https://ppmax.net/carcassonne-les-paysans-c-est-la-vie

https://www.trictrac.net/jeu-de-societe/liste/auteur-illustrateur/klaus-jurgen-wrede

https://www.lindependant.fr/2017/02/08/les-secrets-de-carcassonne-reveles-par-son-inventeur,2290390.php

https://www.meeplemountain.com/articles/carcassonne-20th-anniversary-a-history-and-celebration-of-carcassonne/

https://en.wikipedia.org/wiki/Carcassonne_(board_game)

https://podcast.proxi-jeux.fr/2019/03/sortons-le-grand-jeu-carcassonne-klaus-jurgen-wrede/

https://www.999games.nl/blog-carcassonne-is-jarig-het-verhaal-achter-de-klassieker