7 Wonders

 

Antoine Bauza

Antoine Bauza n’est pas né auteur de jeux. Mais à 10 ans, lorsqu’il a appris que créer des jeux était un métier, il a su ce qu’il voulait faire. Il s’est donc embarqué dans des études d’informatique pour accéder à un master de jeux vidéo. «Comme je n’ai pas trouvé le boulot de mes rêves dans l’industrie du jeu vidéo, j’ai basculé vers l’enseignement tout en commençant à concevoir mes premiers prototypes de jeux de société. De fil en aiguille, je me suis retrouvé à ne faire (presque) plus que ça!». Il a finalement 29 ans quand paraît son premier jeu, Chabyrinthe.

Dans la foulée, constatant que, lors des soirées jeux, un problème se posait systématiquement lorsqu’il s’y trouvait plus de six joueurs, il imagine un jeu pour sept, avec des parties d’une durée limitée. Le thème est quant à lui venu rapidement, en lisant un article de «National Geographic» consacré à l’élection de 7 nouvelles merveilles du monde. «L’Antiquité est un thème que j’ai toujours apprécié et que je n’avais jusqu’alors pas exploité. Bâtir une civilisation, c’est toujours grisant!»

Mais il se heurte vite à plusieurs problèmes. «Je n’ai jamais achevé ce prototype et il n’a donc jamais été testé. Des considérations de design m’ont découragé. J’ai archivé le dossier sur mon ordinateur, laissé tomber le projet pour basculer sur un autre.» C’était en juin 2008.

Mais il y revient en août 2009. «Toutes les briques se sont mises en place très rapidement à partir de là»: les types de bâtiments, les ressources, le système de draft. Les testeurs sont enthousiastes et les premières parties permettent de résoudre quelques problèmes, par exemple en divisant la pioche en trois.

C’est en septembre qu’Antoine présente son jeu à Thomas Provoost, un des deux patrons de Repos Production. Cela se passe sur la table de la cuisine de l’hôtel où séjourne la Repos Team lors du Monde du Jeu, à Paris. Emballé, Provoost demande à Bauza de lui présenter à nouveau le jeu le mois suivant, à Essen, cette fois en présence de son binôme Cédrick Caumont. Même enthousiasme et une décision rapide: «En rentrant d’Essen, une proposition de contrat m’attendait dans ma boîte aux lettres», raconte Bauza.

Le développement du jeu se poursuit rapidement, en collaboration avec Repos Prod qui demande par exemple des plateaux double-face. Côté graphique, l’auteur pense rapidement à Miguel Coimbra qui venait de s’illustrer grâce à son travail sur Smallworld et Cyclades: «Je n’ai pas eu à insister auprès des grands patrons: ils m’annoncèrent rapidement que Miguel embarquait pour l’aventure.»

Le proto fait alors l’objet de nombreuses parties aux rencontres belgo-ludiques, au «off» du Festival de Cannes et lors du Alan Moon Gathering of Friends, une convention américaine où se rendent régulièrement les deux patrons de Repos Production. Ces dizaines de parties mettent en évidence deux problèmes liés aux conflits militaires, des problèmes qu’Antoine Bauza a vite fait de résoudre.

Quelques parties plus tard, le jeu semble satisfaisant et les derniers petits réglages ont lieu en mai et en juillet 2010 chez Repos Production.

Le jeu étant prévu pour trois joueurs minimum, Antoine Bauza envisage deux variantes pour deux joueurs, dont une avec Bruno Cathala. Ces deux versions ne donnant pas entière satisfaction, elles finissent dans un tiroir. Mais l’histoire montrera que la collaboration entre ces deux grands auteurs finira par livrer une version en duel.

Antoine Bauza raconte: «Les réglages furent achevés au début du mois du juillet 2010, onze mois après la première partie jouée et un peu plus de deux ans et demi après la première étincelle créative. Il doit s’agir de mon développement le plus court mais également le plus intense en termes de rythme.»

En octobre 2010, 7 Wonders débarque dans les boutiques et, depuis ce jour, il a accumulé de nombreux prix prestigieux, dont le Tric Trac d’or et le Swiss Gamers Award en 2010, le Kennerspiel des Jahres, deux Golden Geek Awards et le Prix du jury de l’As d’or en 2011.

Le jeu est également complété par cinq extensions: Leaders en 2011, Cities en 2012, Babel en 2014, Armada en 2018 et Édifice en 2023 – il y en aura peut-être bien sept au total. Il connaît en outre une version Duel cosignée en 2015 avec Bruno Cathala, avec ses deux extensions: Panthéon en 2016 et Agora en 2020. Enfin, 7 Wonders Architects sort en 2021 et reçoit l’As d'or l’année suivante.

En 13 ans, la famille 7 Wonders s’est donc considérablement agrandie et enrichie, et ce jeu est devenu un des grands classiques – oserait-on dire une des sept merveilles? – du jeu de société moderne. Et surtout, il a bouleversé la vie de son auteur: «Je suis auteur à plein temps, ce qui est assez rare. J’ai donc plus de temps pour créer. Et puis le succès ouvre les portes des éditeurs. Ils me connaissent déjà. Là aussi, ça fait gagner du temps. Le succès de ce jeu a fait que ma trajectoire de vie a été complètement différente.»


Cédrick Caumont

Thomas Provoost

Miguel Coimbra

 

           

 

Références:

http://www.antoinebauza.fr/?p=775

https://littlemetaldog.wordpress.com/2013/03/06/mr-wonderful-an-interview-with-antoine-bauza/

http://www.boardgamebackroom.com/2011/06/104-bg-questions-with-antoine-bauza.html

https://undecent.fr/2022/03/12/antoine-bauza/

https://www.20minutes.fr/culture/4024408-20230221-ecrire-jeu-avant-tout-raconter-histoire-explique-antoine-bauza

https://www.factornews.com/article/unplugged-interview-antoine-bauza-7-wonders-page-1-40246.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/7_Wonders