Moon River

 

Après l’énorme succès de «Kingdomino» et de sa descendance (l’extension «L’âge des géants», le roll & write à deux «Kingdomino Duel», le plus expert «Queendomino», le multimodal «Kingdomino Origins» et la version enfant «Dragomino»), après les multiples récompenses (dont le Spiel des Jahres en 2017 et l’As d’or enfants en 2021), quelle idée Bruno Cathala allait-il sortir de son casque de cycliste pour enrichir la gamme?

La réponse, c’est «Moon River», un jeu cosigné avec Yohan Servais. Un jeu qui ressemble à «Kingdomino», mais qui n’est pas «Kingdomino». Tout d’abord, dans le titre, même si on peut lire la mention «A Kingdomino game system» sur le coin de la boîte. Ensuite, dans les illustrations, Régis Torres ayant succédé à Cyril Bouquet, même si l’univers graphique reste semblable. Enfin, dans la mécanique du jeu, même si les bases demeurent.

La grosse différence est que, dans «Moon River», on ne pioche plus des dominos, mais des moitiés de domino, des parcelles, qu’il faudra assembler deux par deux façon puzzle pour créer des dominos à poser dans son ranch afin de former un carré de 5 sur 5 (10 sur 5 à deux joueurs). Le système de pioche reste le même et les règles de pose des dominos aussi.

Alors, quel intérêt, me rétorquerez-vous? «Moon River» est en fait plus casse-tête que son illustre grand frère. Un exemple: en fin de partie, chaque territoire rapportera un nombre de points égal au nombre de parcelles qui le composent multiplié par… le nombre de pions vaches qui s’y trouvent. Or, au cours de la partie, ces vaches, qui apparaissent quand on dépose un domino orné d’un symbole «vache», peuvent être déplacées ou volées voire mourir à cause de la sécheresse! Il faudra donc bien gérer son cheptel, surtout en fin de partie, tout en le protégeant grâce à des gardiens de troupeaux et en tentant de rafler l’une ou l’autre bête à un adversaire.

Outre les points rapportés par les territoires, il y a aussi ceux que vous offrent les pépites d’or, les castors et les épis de maïs, à raison d’un point par unité en fin de partie. En outre, si vous disposez dans votre ranch de chercheuses d’or, de trappeurs ou de cultivateurs, ils vous rapporteront chacun un point de plus par ressource concernée. Et tout ce petit monde, comme le desperado et la voleuse de vache, vous pouvez le recruter au saloon, lorsque vous déposez un domino muni d’un cercle. Toutefois, au moment de recruter l’un de ces associés, vous devrez choisir entre son pouvoir et l’opportunité de déplacer une vache de trois parcelles (ou trois vaches d’une parcelle). À chaque fois, un choix cornélien, comme les nombreux dilemmes que vous devrez trancher durant toute la partie, histoire de bien aménager votre ranche et d’optimiser votre score.

Avec «Moon River», le cousin d’Amérique de «Kingdomino», vos neurones vont donc chauffer sous le soleil du Far West. Et ils chaufferont d’autant plus si vous optez pour le mode de jeu avancé des Légendes de l’Ouest, avec quatre personnages asymétriques et autant de scénarios offrant des défis supplémentaires.

«Moon River» est donc un excellent jeu, dans l’esprit de «Kingdomino», avec de la profondeur, un matos de qualité et, Bruno Cathala oblige, un côté taquin. Car voler, c’est toujours un coup vache!

Moon River: un jeu de Bruno Cathala et Yohan Servais, illustré par Régis Torres et édité en octobre 2023 par Blue Orange.

 

26/10/2023